Un, Deux, Trois, SOLEIL !

 

 

Des histoires…Celles de femmes et d’hommes comme vous et moi. Des gens sans histoire, justement, mais qui tout à coup sont pris dans les filets de l’imprévu, de l’impensable…

Hasard, fatalité, destin ? Des vies tranquilles seront aspirées dans un tourbillon, alors que des avenirs sans horizon parviendront à trouver leur chemin sous le…Soleil.

C’est la vie. 

 

« Le simple plaisir de la narration est peut-être l’état de l’homme qui s’apparente le plus à la lévitation.» (Gabriel Garcia Márquez)

 

 

EXTRAITS

 

Un, Deux, Trois, SOLEIL !

 

…Un silence de tombeau s’écrasa sur le pub où chacun se figea dans une posture de Pompéi. La mémoire me revint d’un jeu enfantin, « Un deux trois soleil, celui qui bouge ne fut-ce qu’un orteil… » Le rire me prit aussitôt, incongru, comme à l’enterrement de ma mère, là-bas à Varsovie, comme quand il pleut ici, dans ce pays pourri, comme quand il faut pleurer des larmes que je n’ai plus. Un rire contrariant, irritant, celui qui me donne l’air d’une imbécile…

 

… Les autres avaient cessé de boire, le coude resté levé, comme s’ils n’avaient plus soif, ou juste à moitié soif. Les yeux noyés d’alcool distillé fixaient l’apparition plantée dans l’embrasure de la porte d’entrée. Comme s’ils voyaient Jésus…

 

 

Dolorès et le rendez-vous de Samarkand

 

…Dans tous les sens du terme, Rosso est à l’image du français moyen ; par la taille, le degré d’ambition, et la rigueur morale.

Après vingt ans de présence, il a pu s’approprier la place de guichetier Principal dans la petite agence du Crédit Lyonnais située Rue Daguerre dans le 14eme arrondissement. Jusqu’ici, il flottait à la surface d’une existence que d’aucuns qualifieraient de terne, mais dont il se réjouissait, considérant qu’il avait fait florès. Pour preuve, il était propriétaire d’un pavillon aligné comme ses clones sur les flancs des  rues  artificielles du Val Fleuri, petit lotissement implanté au milieu de nulle part à la sortie du Mans. Il possédait aussi une épouse, Rolande, pour laquelle il s’était consumé naguère d’une passion ne tardant pas à se réduire en cendres refroidies, quelques mois seulement après leur union. Il s’y sentait néanmoins attaché par les liens matrimoniaux et des intérêts patrimoniaux partagés. Rolande était une épouse pratique et peu envahissante,…

 

 

Anaïs

 

…Il y aura aussi les brins de mouron des oiseaux, qu’elle ramassera avec application pour les porter à Madame Chapman, la vieille dame du cinquième. On dit qu’elle est un peu folle. Elle laisse ses canaris voleter en liberté dans le logement. Madame Chapman porte un numéro à l’encre noire sur son poignet. Elle ne supporte pas les cages. Et puis surtout, il y aura Mireille Dory, la concierge. Elle a un secret qu’Anaïs connaît ; Mireille a un autre nom, un vrai : Myriam Boukella. Mais il ne faut pas le dire, certains n’aimeraient pas le savoir.

On raconte que son mari était un Harki à qui les siens ont coupé la tête avant qu’il puisse s’enfuir de son pays…

 

 

Escale à Montmartre

 

            … Tassé dans la misère, émergeant douloureusement de l’amoncellement de cartons sous lequel il s’est protégé des morsures de Janvier, Denis s’assied, le dos calé contre un vieux sac en cuir craquelé. Précieux, son unique bagage renferme ses trésors de paumé.

A son côté, étendu sous la couverture lépreuse et répugnante dont Denis l’a recouvert cette nuit, Belin est inerte. Du coude, Denis s’assure que le gamin n’a pas succombé à l’hypothermie. Belin grogne et grince des dents. Il est vivant.

Ce môme lui colle au train depuis qu’il a fallu renoncer au squat de la Goutte d’Or. Le massacre d’un SDF, par des zonards arborant crânes rasés et croix gammées, imposait d’émigrer en urgence dans des lieux plus hospitaliers…

           

            … Accroupie à ses côtés, respectant les rituels d’approche auxquels elle a été formée, une fille emmitouflée jusqu’aux yeux le secoue gentiment et l’assure que tout ira bien. Sur son blouson, le logo du Samu Social côtoie un badge où Belin déchiffre péniblement : « Magali – Infirmière – Equipe mobile »…

 

 

 

La messagère

 

… C’était un 6 septembre accablé d’une chaleur tropicale, et Gabrielle Oliveira se dit que son séjour à Pise s’annonçait mal.

Bousculée par des hordes de passants déferlant sur les trottoirs devant l’aéroport, elle tentait vainement de héler un taxi pour rejoindre l’Université de Pise. La cinquantaine préservée de ses désagréments, une élégance indifférente à la vague caniculaire, la voyageuse était pressée. Les taxis semblaient avoir déserté la cité toscane…

… La Sage franchit au galop l’espace la séparant de l’estrade, et se hissa derrière le pupitre surélevé où elle prit appui des deux mains. Un silence de fonds marins s’abattit sur l’assemblée, seulement troublé par les crépitements intermittents des éclairs. L’orage n’était pas loin…

 

 

Elle, la Carabosse et l’Amazone

 

            … « C’est moi – dit-il timidement-, je suis rentré de bonne heure… ».

Une sorcière Carabosse sommeille, planquée sous l’amour de la femme comme un paquet de poussières noires caché sous un tapis.

Réveillée par l’humeur sombre de son hôte, Carabosse s’enhardit et crache ses baves d’amertume à l’oreille de l’Amazone :

            - Et alors quoi ? Hep ! Tu m’écoutes ? Ne te laisse pas faire. Qu’est-ce qu’il croit ?...

 

… Un boulet de sarcasmes s’engage dans sa trachée : elle est prête à ouvrir les hostilités. Les mots désobligeants et les reproches piétinent, comme les sabots impatients des chevaux, juste avant qu’on soulève la barrière du champ de course…

 

 

Joseph et sa mouette

 

… L’orage grondait tout autour de L’A320 qui fusait droit devant, dominant avec sérénité le magma de nuages noirs où des dieux s’entredéchiraient à coups d’épées phosphorescentes. La carlingue tanguait légèrement sous les ondes de choc percutant le fuselage, insuffisamment cependant pour inquiéter l’équipage rodé aux caprices du ciel…

 

… L’iconographie de l’enfer aérien défilait à grande vitesse derrière les yeux écarquillés du commandant Ralet. Détournement, prise d’otages, terrorisme, crash….

 

            … le petit homme déclara être plus connu sous le nom de Saint Joseph de Copertino. Il se dit né dans les Pouilles en Italie au XVIIe siècle, prétendit avoir été canonisé et affublé par la suite de la charge de Saint Patron des aviateurs. Honneur qu’on lui fit pour avoir lévité béatement du temps de son vivant. Et même en arrière, précisa-t-il fièrement…

 

 

La louve et les pommes

 

            … Elle n’avait pas beaucoup changé. Sa crinière de lionne s’était éclaircie de quelques mèches couleur de miel blond, elle portait toujours des lunettes de soleil aux verres très noirs derrière lesquels se cachaient des prunelles d’eau gelée observant les passants pour se saisir de leurs regards…

 

 

L’ange déchu

 

… Dans le miroir des yeux de Maria Rosa, j’ai vu l’image d’une autre femme, épargnée, protégée. Avec sa blouse blanche déboutonnée et fripée, tachée de Bétadine et de sang. Avec un stéthoscope inutile se balançant sur sa poitrine comme un crucifix indiscipliné. Un visage blanchi par la chaux des nuits blanches répétées et l’insondable désarroi.

Dans les yeux de Maria Rosa, j’ai entrevu mon badge vermillon, celui porté par les anges pour ceux de cette région enclavée, repliée sur l’extrême pauvreté à l’autre bout du monde…

 

 

(Lettre à) Ma Douce

 

… Malgré tout, comme me l’ont fait remarquer hier Tonton Raymond, Tante Bertille, et Maman, habituellement, ce sont les hommes qui partent « chercher des allumettes ». Enlisé dans la stupeur de ton absence persistante, je n’avais pas pensé à cela. C’est vrai : tu es partie chercher des allumettes, comme un mec…

 

 

Pour votre bien

 

… Elle avait tout d’immédiatement désagréable. Aux aguets derrière les meurtrières de ses rideaux faits main et jaunâtres comme la peau asséchée de son visage batracien, elle faisait le plein des petits riens de la rue qu’elle passait au tamis de son acidité, et rejetait aussitôt en paquets de scandales sous les portes des maisons du quartier…

 

 

Si j’écrivais sur un mur

 

            … Ils tapisseraient le mur de leurs mots maladroits et justes, méprisant complaisance et lâcheté, pour oser dénoncer les guerres dérisoires et fustiger les hommes assoiffés de pouvoir. Ils révèleraient le grand mensonge planétaire grâce auquel, sur l’échiquier du monde, quelques canines acérées se jouent des pions derrière des écrans de fumée, pour mieux les dévorer. Les petits diraient qu’ils ne sont pas dupes. Ils sauraient rester libres…

 

 

De l’influence des planètes

 

            … Une journée incontrôlable avait alors débuté, inaugurée par la chute inexplicable du réveil. Eventré au pied du lit, il perdit sous le choc le couple uni de ses aiguilles et ne put contenir l’évasion grotesque des quelques roues et ressorts qu’abritaient ses entrailles usées. Sarah médita sur l’étonnante faculté qu’ont les objets de s’impliquer illico dans les débâcles qui vont crescendo au cours de ces journées particulières placées sous le contrôle des volontés astrales.

            … Sarah s’obligea au calme. Elle interpella Thomas, égaré sans boussole dans l’espace pourtant réduit des toilettes à l’étage, tout en écoutant patiemment Julien qui venait d’entrer dans la pièce. Souriant et serein, sa journée à lui serait manifestement placée sous d’autres auspices. Il suivait la piste d’une paire de chaussettes qu’il avait soi-disant rangées « là, j’en suis certain » ! Sarah roula des yeux, étouffa dans l’œuf un gloussement teinté d’ironie affectueuse, et repoussa pour la cinquième fois le chat qui s’enroulait en spirale autour de sa jambe…

 

 

Noël. Et après ?

 

… Qui a dit que le bonheur, aux yeux de l'enfance, pouvait se mesurer au degré de débordement d'un caddie sur l’échelle de l’abondance, au volume de paquets rutilants sous un sapin qui bien souvent n’existe pas ? Qui peut dire que l'enfant le plus démuni, le plus meurtri, aurait perdu -aussi- le don exclusif et magique qui est le sien : voir et sentir au-delà des horizons noircis par la misère ? Ce pouvoir visionnaire qui peut-être fera de cet enfant un bâtisseur, l'architecte de son propre bonheur…

 

 

Lettre à Gabriel Garcia Márquez

 

            … La voici enfin, près de vingt ans de solitude après notre première rencontre, cette lettre que vous ne lirez pas.

 

            … Avant l’escale finale, je pus, au fil de vos pensées, rejoindre le palais du Patriarche cacochyme. Nous étions déjà en automne. Il avait toujours entre cent trente sept et deux cent trente deux ans et sa mère, Benedicion Alvarado, vieillissait mal à ses côtés. Comme vous le supposez, Gabriel, comme jadis, les jardins du palais regorgeaient de volailles caquetantes et de cochons souillons.

Enfin, le hasard ou votre volonté ont permis que nous arrivions à temps pour suivre les dernières funérailles de la Grande Mémé


 

 

 

 

 

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Editions Chloé des Lys ISBN 978-2-87-459-473-1
Editions Chloé des Lys ISBN 978-2-87-459-473-1
Editions Chloé des Lys ISBN 978-2-87-459-595-0
Editions Chloé des Lys ISBN 978-2-87-459-595-0